Chroniques de Matsu-Dolin
Le Nœnn Ürs, dernier représentant de la Maison Bar-en-Aran, vint un soir trouver refuge chez la Daïmyo de Matsumoto. Son visage portait les stygmates de l'épuisement, de la douleur et du deuil ; ses habits, manifestement taillés sur mesure et conçu d'étoffes luxueuses, ressemblaient désormais à des haillons glanés sur la route : déchirés et souillés, l'attirail tenait accroché par endroits avec des noeuds ou des fibules improvisées (et, je suspecte, aidé d'un peu de sorcellerie).
Pourtant, ces couches superposées de lin, laine et cuir dissimulaient à peine les plaies et ecchymoses qui parsemaient son corps ; le sang avait imbibé puis coagulé dans certaines étoffes, et le voyage de plusieurs semaines ne facilitait aucunement la cicatrisation. Sa chair témoignait de l'Horreur contre laquelle il avait résisté. Aussi longtemps que possible. Puis l'Ennemi était venu à bout de sa volonté, de son peuple, de son pays.
Nous avons insisté pour qu'il prenne le temps de se restaurer, mais il a refusé, alors nous avons écouté son histoire.
Il nous raconta l'Âge d'Or de son Peuple ; il nous décrivit la somptueuse Cité de Gondolin, dont l'emplacement fut longtemps gardé secret, dans laquelle il est né et a grandi ; c'était, selon ses dires, un havre de raffinement et de sérénité, dissimulé au coeur des montagnes, une acropole d'albâtre aux pieds de laquelle s'étiraient deux fleuves hydrargyriques.
Il nous raconta comment sa Patrie prospérait sans exploiter ; la façon dont ses artistes et techniciens mettaient à profit le plus haut niveau de science et de magie pour créer des oeuvres d'une splendeur que les divinité jalousent encore.
Il nous raconta alors l'erreur de son Roi, Turgon, Patriarche de la maison Bar-en-Aran, ainsi que la trahison involontaire de Hùrin — aïeul du Duc — qui dévoila le lieu à leur Ennemi.
Puis il nous raconta la Chute. Lughnasad, la Fête de l'Été, battait son plein. L'allégresse baignait les rues de la ville, l'ambiance était de liesse.
Il nous raconta les Monstres de Feu et d'Ombre. Il nous raconta les Dragons. Il nous raconta les Vertes Créatures. L'Ennemi avaient franchi les montagnes, ils s'attaquaient à la Pierre du Chant des Eaux, au Coeur-Dolmen.
Il nous conta la fit par Cirith Thoronath, le Col des Aigles.
Il nous montra les trois lames qui furent sauvées : Orcrist, Glamdring et Dard. Des Épées Diamantines dont la puissance nous éblouït l'âme.
Il nous demanda si Idril, Tuor et Eärendil, ses camarades, étaient parvenu jusqu'aux terres de la Daïmyo ; je n'avais jamais vu des yeux exprimant tant de désespoir, lorsqu'il comprit qu'il était seul en nos contrées.
La Miséricordieuse Daïmyo, touchée par la détresse du Duc, du fond de son Âme Charitable, consentit à lui confier une part de ses terres, au Nord-Ouest, afin d'y reconstruire — ainsi qu'il s'y promit ce soir-là, devant l'entièreté du Kuge de Matsumoto - Gondolin et d'en faire la Nation des Exilés et des Rescapés, fut-ce de ses propres mains. Il prêta allégeance ; on lui assura qu'il serait seul Maître de son Domaine, faisant de lui — de facto autant que de jure — le Duc-Daïmyo Nuun Urus des Bar-en-Aran, Seigneur-Protecteur de Gon-Dolin.
C'est ainsi que notre honorable Daïmyo Fürfürnini-Dono, Maîtresse-Architecte de Matsumoto, devint son Altesse Impériale Fürfürnini-Heika, Astre-Guide de l'Empire Matsu-Doléen ; son époux l'estimé Shugodaï Furedomalius-Sama endossa la lourde charge de Seii-Taishōgun, Généralissime Furedomalius-Ue, également connu en comme sa Majesté le Prince-Consort-Kōi ; la pupille et protégée de son Altesse Impériale prit le titre de Princesse-Bergère Yume-Denka, responsable des Jardins et Troupeaux.
Sources utiles :
https://en.wikipedia.org/wiki/Japanese_honorifics
https://fr.wikipedia.org/wiki/Système_hiérarchique_à_l'époque_Edo
https://fr.wikipedia.org/wiki/Daimyo
https://en.wikipedia.org/wiki/Kuge
https://en.wikipedia.org/wiki/Empress_Go-Sakuramachi
https://en.wikipedia.org/wiki/Imperial_Regalia_of_Japan
https://fr.wikipedia.org/wiki/Gondolin
https://fr.wikipedia.org/wiki/Daijō-daijin